Les mises en chantier de logements restent en retrait en France : 293 412 logements commencés entre juillet 2025 et juin 2026, soit 13,1 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes, selon le service statistique du ministère chargé du logement. Les permis de construire délivrés se redressent un peu plus vite, sans retrouver leurs niveaux d’avant la crise du neuf. Derrière ces courbes, une question très concrète pour un porteur de projet : que change cette conjoncture pour vos prix, vos délais et la disponibilité des entreprises ?
Les chiffres qui suivent proviennent de Sit@del, la base de données du SDES (Service des données et études statistiques) qui recense l’ensemble des autorisations d’urbanisme et des ouvertures de chantier déclarées en France. La publication est mensuelle. La dernière en date, diffusée le 28 juillet 2026, porte sur les résultats à fin juin 2026. Aucun chiffre de cet article n’est extrapolé : tout vient de ces publications officielles, avec leurs dates.
Permis de construire délivrés et mises en chantier : les chiffres à fin juin 2026
Sur le seul mois de juin 2026, le SDES compte 30 906 logements autorisés, en repli de 4,8 % par rapport à mai (données corrigées des variations saisonnières). Côté chantiers, 25 666 logements ont été commencés, un volume quasi stable sur un mois (-0,1 %). Le mois de juin marque donc une pause après un mois de mai en nette hausse sur les autorisations.
Le cumul sur douze mois glissants donne une image plus fiable que les à-coups mensuels. De juillet 2025 à juin 2026, la France compte 376 241 logements autorisés et 293 412 logements commencés. Rapportés à la moyenne des cinq années précédentes, ces volumes restent en retrait : -8,0 % pour les autorisations, -13,1 % pour les mises en chantier. L’écart entre les deux indicateurs raconte la même histoire depuis des mois : les permis repartent avant les chantiers, avec le décalage habituel entre l’obtention d’une autorisation et l’ouverture effective des travaux.
| Période (12 mois glissants) | Logements autorisés | Logements commencés |
|---|---|---|
| Juillet 2024 à juin 2025 | 352 400 | 286 600 |
| Juin 2025 à mai 2026 | 384 935 | 295 250 |
| Juillet 2025 à juin 2026 | 376 241 | 293 412 |
Source : SDES, base Sit@del, publications mensuelles de juillet 2025 à juillet 2026. Données estimées, révisées à chaque publication.
D’une année sur l’autre, la comparaison des publications à fin juin donne une progression d’environ 7 % pour les logements autorisés et d’environ 2 % pour les logements commencés. Le marché remonte, mais à deux vitesses : l’amont (les permis) va plus vite que l’aval (les chantiers).
Lire ces chiffres avec précaution
Sit@del publie des données estimées. Le ministère précise que le taux de collecte des déclarations d’ouverture de chantier reste partiel au moment de la publication (moins de 40 % pour les mises en chantier du dernier mois), ce qui oblige le SDES à estimer une partie des volumes puis à les réviser les mois suivants. C’est visible dans le tableau ci-dessus : le total sur douze mois peut bouger d’une publication à l’autre pour des périodes qui se recouvrent presque. Retenez les tendances et les échelles, pas le chiffre à l’unité près.
Après le creux de 2023-2024, un rebond encore fragile
Pour situer le niveau actuel, un point de repère : sur les douze mois s’achevant en juin 2025, le SDES comptait 352 400 logements autorisés, soit 24 % de moins que la moyenne des douze mois précédant la crise sanitaire (mars 2019 à février 2020). Les logements commencés étaient alors 19 % sous cette même référence. Le creux traversé en 2023-2024, nourri par la remontée des taux de crédit et le renchérissement des coûts de construction, a ramené la production de logements neufs à des niveaux historiquement bas.
Depuis, le mouvement s’est inversé sur les autorisations. Décembre 2025 a marqué un net rebond des permis comme des ouvertures de chantier, et sur le premier semestre 2026 le rythme mensuel moyen des autorisations dépasse de 4,3 % celui observé sur l’ensemble de 2025. Les analystes qui suivent ces séries convergent sur une lecture prudente : le point bas semble derrière nous, mais la reprise reste trop timide pour combler le retard accumulé. Le volume d’autorisations sur douze mois demeure 8 % sous la moyenne des cinq dernières années, années de crise comprises.
Le détail par type de logement nuance encore le tableau. Sur douze mois à fin juin 2026, la maison individuelle reste la plus touchée : -15,5 % d’autorisations par rapport à la moyenne quinquennale, contre -3 % pour le collectif. Sur les chantiers, même hiérarchie : -22 % pour l’individuel, -6,9 % pour le collectif. Si votre projet est une maison, vous évoluez dans le segment le plus ralenti du marché, ce qui a des conséquences directes sur le comportement commercial des constructeurs et des contractants généraux.
Et le non-résidentiel ?
Les locaux d’activité (bureaux, commerces, bâtiments industriels et agricoles) suivent une trajectoire différente. Sur douze mois à fin juin 2026, les surfaces autorisées atteignent 36,1 millions de m², en baisse de 5,0 %, tandis que les surfaces commencées progressent de 7,5 % à 21,1 millions de m². Les chantiers tertiaires et industriels absorbent donc une partie de la capacité des entreprises du bâtiment, ce qui compte pour apprécier leur disponibilité réelle sur le marché du logement.
Ce qu’un marché en creux change pour votre projet
Un volume de mises en chantier inférieur de 13 % à la normale, cela se traduit dans la relation quotidienne entre un maître d’ouvrage et les entreprises. Quatre effets méritent votre attention.
- Carnets de commandes moins remplis. Quand les ouvertures de chantier ralentissent, les contractants généraux et les entreprises de fondations, murs porteurs, planchers, charpente">gros œuvre cherchent des affaires. Vous obtenez des rendez-vous plus vite, des études de faisabilité plus soignées et des interlocuteurs plus disponibles pendant la phase de conception.
- Marges de négociation réelles. Un professionnel qui doit alimenter son planning consent plus volontiers un effort sur son prix ou sur les prestations incluses. Les écarts entre devis se creusent aussi : comparer trois ou quatre offres rapporte davantage qu’en période de surchauffe. Pour situer les montants en jeu, consultez notre panorama des prix de la construction neuve par région en 2026.
- Instruction des permis moins engorgée. Les délais légaux d’instruction restent les mêmes (deux mois pour une maison individuelle, trois pour les autres projets), mais des services d’urbanisme qui traitent moins de dossiers demandent moins souvent des pièces complémentaires tardives. Le déroulé complet, du dépôt au recours des tiers, est détaillé dans notre guide des délais et pièces du permis de construire.
- Plannings de chantier plus tenables. Des équipes moins sollicitées enchaînent les lots avec moins de temps morts. Cela ne supprime pas les aléas (intempéries, approvisionnements), mais un calendrier annoncé a plus de chances d’être tenu qu’en 2021-2022. Nos repères sur la durée de construction d’une maison neuve vous aideront à jauger le planning proposé.
La médaille a un revers. Un marché qui tourne au ralenti depuis trois ans fragilise une partie du tissu d’entreprises. Avant de signer, vérifiez la santé de votre interlocuteur : ancienneté, attestations d’assurance décennale et dommages-ouvrage à jour, CCMI : un garant s’engage à faire achever la maison au prix et dans les délais convenus">garantie de livraison quand le cadre contractuel en prévoit une, références de chantiers récents et visitables. Un prix bas obtenu auprès d’une entreprise qui dépose le bilan à mi-chantier coûte toujours plus cher que le devis médian d’une structure solide.
Signer maintenant ou attendre la reprise ?
Les chiffres du premier semestre 2026 dessinent une fenêtre intermédiaire : la demande repart doucement, les carnets se regarnissent, mais la concurrence entre entreprises joue encore en faveur du client. Si la reprise des autorisations se confirme, elle se propagera aux chantiers dans les douze à dix-huit mois, avec un retour progressif des tensions sur les prix et les plannings. Attendre un hypothétique point encore plus bas expose au mouvement inverse.
Le mode de contractualisation pèse autant que le calendrier. En période de conjoncture mouvante, un engagement ferme sur le montant final protège des dérives en cours de chantier : notre comparaison entre prix forfaitaire et prix réel chez un contractant général détaille ce que chaque formule couvre, et ce qu’elle laisse à votre charge.
Suivre la conjoncture de la construction dans les prochains mois
Le SDES publie ses résultats vers la fin de chaque mois, avec deux mois de recul sur les données (la publication de fin juillet 2026 porte sur juin). Deux indicateurs suffisent pour garder une vue d’ensemble sans se noyer dans les séries :
- le cumul des logements autorisés sur douze mois glissants, qui annonce l’activité à venir ;
- le cumul des logements commencés sur la même période, qui mesure l’activité effective des entreprises.
Tant que le second reste nettement sous sa moyenne de long terme, le rapport de force commercial penche du côté des maîtres d’ouvrage. Le jour où l’écart entre autorisés et commencés se referme, la file d’attente se reforme devant les entreprises les plus demandées. À fin juin 2026, ce moment n’est pas arrivé : le marché de la construction neuve se redresse par l’amont, et les chantiers suivent avec retard. Pour un projet à déposer dans les prochains mois, la période reste favorable à qui prend le temps de comparer les offres et de verrouiller son contrat.
Sources : SDES, ministère de l’Aménagement du territoire, base Sit@del, « Construction de logements : résultats à fin juin 2026 » (publication du 28 juillet 2026) et publications mensuelles antérieures (résultats à fin juin 2025, à fin mai 2026, à fin décembre 2025). Données estimées, corrigées des variations saisonnières, sujettes à révision.