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Rénovation ou construction neuve : ce que disent les chiffres du marché

Six trimestres de baisse consécutifs pour l’amélioration-entretien, et un logement neuf attendu en hausse de 9,5 % en volume sur 2026 : le marché de la rénovation et celui de la construction neuve ont inversé leurs trajectoires en moins de deux ans. Ces courbes ressortent des dernières publications de la FFB et de la CAPEB, croisées avec les statistiques Sit@del du ministère chargé du logement. Pour un porteur de projet, elles n’ont rien d’abstrait : elles déterminent la place disponible dans les plannings des entreprises que vous consulterez, et la marge de négociation dont vous disposez sur chaque segment.

Le cadre général d’abord. Après une année 2025 en recul de 4,0 % en volume, la FFB prévoyait en décembre 2025 un rebond de 1,8 % pour 2026, prévision relevée à +2,1 % en mars 2026. Ce redressement moyen cache deux réalités opposées : un neuf qui repart et une rénovation qui continue de céder du terrain.

Un marché de la rénovation en repli depuis six trimestres

La FFB chiffre le recul de l’amélioration-entretien à 1,1 % en volume sur 2025. Sa note de conjoncture de juin 2026 fait état d’une baisse de 2,6 % au premier trimestre 2026, sixième trimestre consécutif dans le rouge. Le mouvement s’accélère au lieu de s’amortir : la fédération tablait encore, fin 2025, sur un simple tassement de 0,5 % pour l’ensemble de 2026.

La rénovation énergétique, longtemps présentée comme le moteur du segment, fait pire que la moyenne. Elle recule de 3,4 % au premier trimestre 2026 tous bâtiments confondus, et de 4,1 % sur le seul logement, après une baisse de 1,3 % en 2025. Un contresens au regard des objectifs climatiques affichés, que la FFB attribue à l’instabilité des dispositifs d’aide : fermetures temporaires, réouvertures et révisions de barèmes de MaPrimeRénov’ ont installé un attentisme durable chez les ménages.

Le constat de la CAPEB, qui suit les entreprises artisanales, va dans le même sens avec des amplitudes plus faibles. Sa note du premier trimestre 2026 relève un recul de 1 % de l’entretien-amélioration et de 1,5 % de la rénovation énergétique, là aussi sixième trimestre de baisse d’affilée. L’enjeu est lourd pour ce tissu d’entreprises : ces travaux représentent environ 60 % du chiffre d’affaires des artisans du bâtiment, ce qui explique le ton d’alerte de la confédération, qui réclame un soutien public d’urgence à la rénovation des logements.

Le neuf rebondit, mais depuis un point bas historique

Face à ce marché de la rénovation en repli, la construction neuve envoie des signaux inverses. Le logement neuf a encore perdu 8,8 % en volume d’activité en 2025, mais les mises en chantier sont reparties : 283 000 unités en 2025 (+8,4 % sur un an), 296 000 attendues en 2026 selon la FFB. À la mi-2026, le rythme annuel remonte autour de 321 000 logements commencés, un chiffre que la fédération situe encore environ 35 000 unités sous la moyenne de long terme. Les séries brutes de Sit@del, établies sur une autre base, donnent 293 412 logements commencés sur douze mois à fin juin 2026 : l’écart avec les estimations FFB tient à la méthode, la tendance est la même. Le rebond est réel, le niveau reste bas.

Les données Sit@del publiées fin juillet 2026 confirment cette lecture en demi-teinte. Sur douze mois à fin juin 2026, 376 241 logements ont été autorisés à la construction, soit 8 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes. Et sur le seul mois de juin, les autorisations reculent de 4,8 % quand les mises en chantier restent stables. Autrement dit, les chantiers d’aujourd’hui rattrapent le retard, mais le flux de permis qui alimente ceux de demain n’a pas retrouvé son régime d’avant-crise. Le détail de ces séries, permis par permis et région par région, est analysé dans notre suivi des permis de construire et mises en chantier.

Le non-résidentiel neuf (bureaux, commerces, bâtiments industriels) reste le segment le plus fragile du neuf : -6,6 % en 2025, quasi-stagnation attendue en 2026 (+0,5 %), avec des permis en recul de 15,3 % sur la période novembre 2025 à janvier 2026, dont -37,3 % pour les bâtiments industriels.

L’activité par segment : le tableau de bord 2025-2026

Le croisement des publications FFB donne la photographie suivante, en volume (hors inflation) :

Segment d’activité 2025 (réalisé) 2026 (prévision FFB) Dernier signal (T1 2026)
Logement neuf -8,8 % +9,5 % Mises en chantier en hausse, ~321 000 en rythme annuel
Non-résidentiel neuf -6,6 % +0,5 % Permis en recul de 15,3 % (nov. 2025 à janv. 2026)
Amélioration-entretien -1,1 % -0,5 % -2,6 %, sixième trimestre de baisse
dont rénovation énergétique (logement) -1,3 % en baisse (non chiffré) -4,1 %

Sources : FFB, bilan-prévisions de décembre 2025 et conjoncture de juin 2026. La prévision 2026 pour l’amélioration-entretien, établie en décembre 2025, paraît déjà optimiste au vu du premier trimestre.

Prix, délais, disponibilité : la lecture pratique pour votre projet

Des entreprises plus ouvertes sur le neuf

Deux années de chute d’activité ont dégarni les carnets de commandes des constructeurs et des entreprises de fondations, murs porteurs, planchers, charpente">gros œuvre positionnées sur le neuf. Conséquence directe pour vous : des interlocuteurs plus réactifs, des délais de démarrage plus courts qu’en 2021-2022 et une vraie ouverture à la discussion sur les devis. La contrepartie existe : le secteur a perdu 53 000 emplois depuis début 2023, dont un peu plus de 20 000 équivalents temps plein sur la seule année 2025. Certaines entreprises abordent la reprise affaiblies. Avant de signer, la santé financière de votre interlocuteur mérite autant d’attention que son prix.

Moins d’activité mais des carnets tenus : la situation de la rénovation

La baisse du marché ne se traduit pas d’office par des artisans disponibles sous quinzaine. La CAPEB mesure des carnets de commandes à 80 jours de travail au premier trimestre 2026, un matelas de plus de trois mois et demi. L’explication tient en partie à la contraction du tissu productif : les défaillances et les pertes d’emplois réduisent l’offre en même temps que la demande recule, ce qui maintient une forme de tension sur les corps d’état les plus recherchés. Sur la rénovation énergétique aidée, l’exigence de qualification CEE">RGE restreint encore le vivier d’entreprises éligibles. Un devis de rénovation se négocie donc, mais moins largement qu’un contrat de construction neuve.

Des prix sous double pression

Côté prix, le rapport de force penche vers le client depuis 2024 : la FFB relève des prix des travaux en baisse de 1 à 2 % en 2025, pendant que les coûts de production des entreprises augmentaient de 1,6 %. Des marges comprimées, donc, et une conséquence à garder en tête : un devis très inférieur au marché signale plus souvent une entreprise aux abois qu’une bonne affaire. La CAPEB alerte en outre, au printemps 2026, sur une remontée des prix de l’énergie et des matériaux liée au contexte géopolitique, qui pourrait refermer la fenêtre de négociation en cours d’année.

Pour situer vos devis par rapport aux fourchettes constatées, deux références utiles :

Rénover ou construire : l’arbitrage à la lumière des chiffres

Si votre projet peut se réaliser dans les deux directions, la conjoncture 2026 donne un avantage tactique au neuf : entreprises en recherche de chantiers, volumes en rebond, prix encore négociables. L’équation complète reste plus large que la seule activité des entreprises, puisque le foncier, les délais d’instruction des permis et la fiscalité pèsent dans l’autre plateau de la balance. En rénovation, la baisse du marché tient surtout à l’attentisme sur les travaux aidés ; les chantiers hors dispositifs publics (extension, restructuration, second œuvre) se négocient dans de meilleures conditions que la rénovation énergétique subventionnée.

Quatre vérifications avant de vous engager, quel que soit le scénario :

  • demander une date de démarrage ferme et le plan de charge réel de l’entreprise, pas une estimation de principe ;
  • comparer plusieurs devis segment par segment, en écartant les offres très en dessous du marché ;
  • sécuriser les aides (MaPrimeRénov’, CEE) avant signature si votre projet en dépend, les règles ayant changé plusieurs fois depuis 2025 ;
  • vérifier assurances, références récentes et solidité financière de chaque intervenant.

Sur une opération de rénovation d’ampleur, confier la coordination à un interlocuteur unique limite l’exposition à ces aléas de marché : le rôle du contractant général en rénovation consiste à porter l’engagement de prix et de délai à votre place, y compris quand la conjoncture bouscule les plannings des corps d’état.

Sources : FFB, bilan 2025 et prévisions 2026, décembre 2025 ; FFB, révision de prévision d’activité, mars 2026 ; FFB, notes de conjoncture, avril et juin 2026 ; CAPEB, note de conjoncture du 1er trimestre 2026, avril 2026 ; SDES, Sit@del, construction de logements à fin juin 2026, juillet 2026.

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