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MaPrimeRénov’ en chiffres : ce que les bilans de l’ANAH révèlent

340 801 logements aidés en 2024, 307 731 en 2025 : MaPrimeRénov’ a financé moins de chantiers tout en engageant plus d’argent, 3,81 milliards d’euros contre 3,29 milliards un an plus tôt. Ce grand écart résume le bilan MaPrimeRénov que dressent les publications de l’ANAH : un dispositif qui se recentre sur des rénovations lourdes, mieux dotées, au prix d’un volume global en recul et d’un calendrier chahuté. Pour un propriétaire qui prépare un dossier, ces résultats mesurés pèsent autant que les barèmes théoriques : ils montrent ce que le guichet finance dans les faits, à quelle hauteur, et pour quel gain sur la facture d’énergie. Les plafonds de revenus, les conditions d’éligibilité et le parcours de dépôt sont détaillés dans notre guide MaPrimeRénov’ 2026 : montants, conditions, démarches ; cette page s’en tient aux chiffres constatés.

Bilan MaPrimeRénov 2025 : moins de dossiers, des aides plus lourdes

L’année 2025 marque une bascule. Le nombre de logements rénovés avec l’aide recule de 10 %, pendant que le budget engagé progresse de 16 %. La raison tient en une donnée : la part des rénovations d’ampleur, ces chantiers qui combinent plusieurs postes de travaux avec une obligation de gain de classes énergétiques, est passée de 11 % des projets aidés en 2023 à 27 % en 2024, puis 39 % en 2025. Le dispositif verse donc des aides plus grosses à des chantiers plus lourds.

Indicateur (source ANAH) 2024 2025 Évolution
Logements rénovés avec MaPrimeRénov’ 340 801 307 731 -10 %
Budget engagé 3,29 Md€ 3,81 Md€ +16 %
Rénovations d’ampleur financées environ 91 000 120 306 +32 %
Part des rénovations d’ampleur 27 % 39 % +12 points
Rénovations par geste environ 250 000 187 425 -25 %

Cette bascule n’a rien d’un accident : elle traduit un choix budgétaire assumé. À enveloppe contrainte, l’État préfère financer 120 000 chantiers qui transforment un logement plutôt que 300 000 remplacements d’équipement isolés. Le débat sur la pertinence de ce choix existe, les chiffres, eux, sont clairs sur la trajectoire.

Les deux objectifs affichés pour 2025 connaissent des sorts opposés. Celui des rénovations d’ampleur, fixé à 100 000 chantiers, est dépassé avec 120 306 dossiers financés. Celui des rénovations par geste est manqué de loin : 187 425 projets aboutissent, en repli de 25 % sur un an. Autre enseignement du bilan : 71 % des bénéficiaires relèvent des catégories très modestes (46 %) et modestes (25 %), les revenus intermédiaires pèsent 27 % et les revenus supérieurs 2 %. Le dispositif reste donc, dans les faits, une aide sociale à la rénovation avant d’être un guichet universel.

Coût moyen d’une rénovation d’ampleur : ce que l’aide couvre vraiment

C’est la donnée la plus utile pour dimensionner un projet. En 2025, un chantier de rénovation d’ampleur aidé par MaPrimeRénov’ coûte en moyenne 59 474 euros, pour une aide moyenne de 40 429 euros. Le taux de fondations à la toiture">étanchéité et la protection du bâtiment en toiture, posés sur la charpente selon la pente et la région">couverture atteint 68 % du montant des travaux, un niveau élevé qui s’explique par le poids des ménages modestes dans les dossiers, ceux dont les taux de prise en charge sont les plus favorables.

Rénovation d’ampleur (moyennes ANAH) 2024 2025
Coût moyen des travaux 55 065 € 59 474 €
Aide moyenne versée 36 271 € 40 429 €
Reste à charge moyen (par différence) environ 18 800 € environ 19 000 €

Deux lectures s’imposent. D’un côté, l’aide moyenne progresse de 11 % en un an, plus vite que le coût des chantiers. De l’autre, le reste à charge tourne autour de 19 000 euros dans les deux millésimes : c’est la somme qu’un ménage type doit financer sur ses fonds propres ou par emprunt. L’éco-PTZ et les certificats d’économies d’énergie servent à combler cet écart ; leur articulation avec la prime est décrite dans notre panorama des aides à la rénovation 2026 : éco-PTZ et CEE.

Ces moyennes cachent une forte dispersion. Au premier semestre 2025, l’aide moyenne par dossier d’ampleur s’établissait à 38 018 euros, avant de remonter sur la fin d’année. Et le profil des logements traités est sans ambiguïté : 78 % des logements financés en rénovation d’ampleur sur cette période étaient classés F ou G au DPE. Le guichet traite d’abord les passoires.

Gestes financés : le chauffage écrase tout le reste

Sur le parcours par geste, les bilans semestriels de l’ANAH donnent une hiérarchie stable. Au premier semestre 2025, 76 % des dossiers monogestes portaient sur un système de chauffage, pompes à chaleur et poêles à granulés en tête. L’isolation des murs par l’extérieur arrivait en troisième position, avec 13 084 projets sur la période.

Les préférences varient avec les revenus. Les ménages modestes qui isolent choisissent d’abord les murs par l’extérieur, puis les menuiseries double ou triple vitrage et les planchers de combles. Les ménages aux revenus supérieurs privilégient les menuiseries, la ventilation hygroréglable et les combles. Si votre arbitrage porte sur l’isolation des murs, notre comparatif ITE ou ITI selon le bâti détaille les critères techniques qui devraient primer sur la seule logique d’aide.

Ce déséquilibre en faveur du chauffage nourrit un débat récurrent chez les professionnels : remplacer une chaudière dans un logement mal isolé améliore la facture, pas le bâti. C’est l’une des raisons du recentrage budgétaire de 2025-2026 vers les rénovations d’ampleur, qui imposent de traiter l’enveloppe et les systèmes ensemble.

Gains énergétiques constatés : des sauts de classes documentés

Le point fort du parcours d’ampleur se lit dans les résultats thermiques. En 2025, le gain énergétique moyen des rénovations d’ampleur financées atteint 69 %, contre 65 % en 2024. Concrètement, un logement qui consommait 400 kWh/m²/an avant travaux redescend en moyenne sous les 130 kWh/m²/an.

Une précision de lecture : ces gains sont calculés sur les consommations conventionnelles du DPE, avant et après travaux, pas sur des factures relevées. Ils mesurent la performance du bâti rénové, la consommation réelle dépendant ensuite des usages du foyer. La donnée reste solide pour comparer des millésimes entre eux, moins pour promettre un montant d’économies en euros.

L’ANAH compte aussi les sauts de classes au DPE : 59 708 logements ont gagné trois classes ou plus en 2025. Rapporté aux 120 306 rénovations d’ampleur de l’année, cela signifie qu’environ un chantier aidé sur deux fait passer le logement d’une passoire à un niveau de consommation courant. Pour une maison ancienne, ce type de saut suppose des choix techniques compatibles avec le bâti d’origine ; notre article sur les pièges à éviter en rénovation de maison ancienne recense les erreurs qui ruinent ce gain sur le papier.

Suspensions et réouvertures : deux années de stop-and-go

Le calendrier du dispositif a été aussi mouvementé que ses chiffres sont bons. La chronologie documentée depuis mi-2025 :

  • 23 juin 2025 : suspension du dépôt des dossiers de rénovation d’ampleur, le guichet étant saturé par un afflux de demandes (95 036 dossiers d’ampleur déposés sur le seul premier semestre, presque trois fois plus qu’un an plus tôt).
  • 30 septembre 2025 : réouverture du parcours d’ampleur, avec une fin d’année dynamique.
  • 1er janvier 2026 : nouvelle suspension, cette fois faute de budget 2026 voté au Parlement ; la loi spéciale reconduisant les crédits 2025 n’a pas suffi à rouvrir le guichet dans l’immédiat. Environ 83 000 dossiers restaient en attente fin 2025.
  • 23 février 2026 : réouverture du guichet après plus de six semaines d’interruption, avec un budget annoncé autour de 3,6 milliards d’euros pour l’année.

Pour un porteur de projet, cette instabilité a deux conséquences pratiques. La première : un dossier déposé n’est pas un dossier payé, et les files d’attente accumulées pendant les fermetures allongent les délais d’instruction à chaque reprise. La seconde : planifier ses travaux sur la seule promesse d’une aide ouverte « en ce moment » expose à un gel de plusieurs semaines, comme en janvier et février 2026. Les professionnels sérieux intègrent désormais cette variable dans leurs plannings de chantier.

Traduire ce bilan en décisions pour votre projet

Ces séries livrent quelques enseignements concrets. Le budget public suit les rénovations d’ampleur : c’est là que les aides moyennes sont les plus fortes et que les objectifs sont dépassés, quand le parcours par geste se contracte d’année en année. Le reste à charge réel, autour de 19 000 euros en moyenne sur un chantier d’ampleur, doit être financé avant de signer le moindre devis, ce qui plaide pour monter le plan de financement complet (prime, éco-PTZ, CEE, apport) en amont. Et le calendrier du guichet reste un risque en soi : garder une marge de plusieurs mois entre l’accord de l’aide et le démarrage des travaux évite de dépendre d’une réouverture incertaine.

Ces chiffres décrivent des moyennes nationales, pas votre chantier. Un audit énergétique sérieux et un chiffrage poste par poste restent le seul moyen de savoir où votre projet se situe par rapport aux 59 474 euros du dossier type. Pour la mécanique du dépôt et les barèmes applicables à votre profil, le guide pratique MaPrimeRénov’ 2026 prend le relais.

Sources : ANAH, bilan MaPrimeRénov’ 2025 (chiffres annuels publiés début 2026) ; ANAH, chiffres du 1er semestre 2025 ; ministère chargé du Logement, annonces de suspension et de réouverture du guichet (juin 2025, septembre 2025, janvier-février 2026).

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